Remember : le guide du hard dance qui sortait des cabines espagnoles
Entre le milieu des années 90 et le milieu des années 2000, une même nuit pouvait contenir du hard house, du hard trance, de la makina et du hardcore. Voici le guide pour comprendre ce son et remonter le bac.
Publié le par Equipo beatdo.
Il y a une musique que beaucoup de gens en Espagne n'ont pas apprise chez eux, mais debout, l'enceinte à deux mètres, sans connaître le titre de presque aucun morceau. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui le remember hard dance : l'ensemble des styles durs et rapides qui passaient dans les cabines espagnoles entre le milieu des années quatre-vingt-dix et le milieu des années deux mille, et que l'on recherche à nouveau en vinyle, disque après disque, pour retrouver une nuit précise plus qu'une discographie.
Le plus curieux, c'est que ce n'est pas un genre. C'est un souvenir de set. Celui qui revient à ces disques ne cherche pas une cohérence stylistique : il cherche ce moment où le kick changeait de vitesse, ou cette mélodie qui sortait à quatre heures et demie et qui tourne dans sa tête depuis vingt ans sans nom. C'est pour ça que le remember est si difficile à catalographier et si addictif à traquer.
Ce guide essaie de mettre de l'ordre là-dedans. Ce qui cohabitait dans une même nuit, le rôle des labels espagnols face aux britanniques et aux néerlandais, pourquoi presque tout est sorti en 12", et ce que ça implique aujourd'hui de s'asseoir pour reconstruire ce bac avec méthode et sans payer du vent.
Ce qu'est le remember comme phénomène (et ce qu'il n'est pas)
Le remember a d'abord été un mot d'affiche : des soirées où l'on repassait les morceaux de quelques années plus tôt, pour un public qui ne sortait plus chaque week-end. Avec le temps, c'est devenu autre chose. Une manière d'écouter, et depuis peu aussi une manière de collectionner.
Ceux qui achètent ces disques aujourd'hui ont déjà dansé dessus
Le profil type n'est pas celui du collectionneur qui arrive par découverte. C'est quelqu'un qui a la quarantaine bien tassée, qui ne mixe plus ou qui s'y est remis récemment, et qui s'est rendu compte un jour que cette musique existait en format physique et qu'il pouvait la posséder. Beaucoup commencent par deux ou trois morceaux identifiés et finissent avec un bac entier.
Il y a aussi une deuxième vague, plus jeune, qui arrive depuis le hard techno ou le trance actuel et remonte le fil. Elle écoute ces disques sans nostalgie, comme du matériel de cabine. Et ça marche, parce que ce son n'a jamais été timide.
La mémoire fonctionne par set, pas par disque isolé
C'est la grande différence avec d'autres scènes. Ici, presque personne ne se souvient d'un morceau isolé : on se souvient d'une séquence. Le titre qui entrait après un autre, le break qui dévorait la piste, la montée qui annonçait la fin. Reconstruire un bac remember, c'est au fond reconstruire un ordre.
C'est pour ça que la recherche est si personnelle. Deux personnes qui sortaient la même année dans des villes différentes veulent des disques différents, et toutes les deux ont raison.
Ce n'est pas de la nostalgie molle : c'est une musique qui tient le volume
Mieux vaut enlever le vernis sentimental. Beaucoup de ces morceaux tiennent parfaitement la route aujourd'hui sur un système correct : production directe, peu de graisse, arrangements pensés pour être lisibles à fort volume dans un grand espace. Ce qui a vieilli, ce sont certains sons de synthé, pas la structure.
La carte des sons qui tenaient dans une même nuit
Un set de ces années-là n'était pas monostyle. On pouvait passer du hard house au hard trance, monter en makina et finir en frôlant le hardcore ou le happy hardcore selon la salle, l'heure et qui était en cabine. Tout cela cohabitait sans que personne ne demande la permission.
Comment la nuit s'organisait par intensité et par tempo
La logique était celle d'une courbe, pas d'une étiquette. On ouvrait avec des choses plus rondes et plus groovy, on serrait le tempo peu à peu, on plaçait les morceaux à mélodie quand la piste était déjà acquise et on gardait le plus brutal pour la dernière ligne droite. Le DJ ne pensait pas en genres : il pensait au nombre de pulsations par minute qu'il pouvait ajouter sans perdre les gens.
Cela explique qu'un même bac contenait des disques qu'on classerait aujourd'hui dans quatre bacs distincts. L'unité ne venait pas du style, elle venait de la nuit.
Les distinguer à l'oreille est plus simple qu'à la lecture
La frontière entre ces styles se sent avant tout dans le corps, pas dans la théorie : où tombe le kick, combien pèse la basse, si la mélodie est un ornement ou tout le morceau, s'il y a un break et de quel type. Si tu veux affiner l'oreille sans mémoriser de définitions, nous avons un article dédié à hard house, hard trance, makina et hardcore : comment les distinguer à l'oreille qui va droit au but.
Les morceaux passerelle : ceux qui valaient pour deux styles
Il y avait des disques joker, ceux qui servaient autant à clore une séquence qu'à ouvrir la suivante. Ils avaient souvent une face A plus retenue et une face B plus agressive, ou un remix qui montait le niveau. Un cas reconnaissable est le remix de Three'N One de Sonic Empire de Members Of Mayday, sorti sur Low Spirit en 2000 : le même morceau, relu pour un autre moment de la piste. Ce genre d'exemplaire valait de l'or en cabine parce qu'il résolvait la transition.
Labels d'ici, labels d'ailleurs : qui apportait quoi
Le remember espagnol ne s'explique ni uniquement par la production nationale ni uniquement par l'import. C'était un mélange constant, et savoir d'où venait chaque disque change pas mal ce que tu achètes.
Ce qu'apportait le label espagnol
Les labels espagnols faisaient trois choses à la fois : éditer leur propre production, licencier des morceaux étrangers pour le marché espagnol et monter des compilations qui ont transformé le son de club en musique de disquaire de quartier. Cette triple fonction explique que beaucoup de morceaux dont tu te souviens comme internationaux se retrouvent aujourd'hui devant toi dans une édition espagnole.
Pour comprendre cet engrenage de l'intérieur, il vaut la peine de lire sur Bit Music, le label par lequel est passée la moitié des pistes espagnoles et sur la façon dont Max Music et Blanco y Negro ont mis la dance dans les disquaires de quartier. Deux pièces du même puzzle : l'une regarde la cabine, l'autre la vitrine.
L'axe britannique et sa manière de comprendre le kick
Du Royaume-Uni arrivait autre chose : un hard house avec plus de swing, plus de voix traitées et une idée très claire de la construction de la tension. Beaucoup de DJs espagnols achetaient de l'import britannique précisément parce que cela leur donnait une couleur que les disques locaux n'avaient pas. On développe ce front dans le hard house britannique, l'autre moteur de ces sets.
Les Pays-Bas, le trance dur et la voie continentale
Du continent venait l'autre grand courant : des productions avec beaucoup de corps, de gros synthés et un goût pour la mélodie qui a fortement accroché en Espagne. Un disque comme Whatever! de Ferry Corsten, sorti sur Tsunami en 2006, appartient à cette école et apparaît fréquemment dans des bacs par ailleurs 100 % son dur. Des choses comme Beams Of Light de Stargate sur Velvet Vibe Recordings, de l'an 2000, s'y intégraient aussi : mélodie en avant et structure de piste.
Pourquoi il importe de savoir d'où sort ta copie
Un même morceau peut exister en édition originale étrangère et en édition licenciée espagnole, avec des mixes différents, des faces B différentes et parfois des vitesses différentes. Ce n'est pas un détail de puriste : c'est la différence entre avoir la version dont tu te souviens ou en avoir une autre. Avant d'acheter, regarde le label et le pays autant que le titre.
Pourquoi presque tout ça est sorti en 12"
Presque personne n'a fait d'albums de ce son, et ce n'était pas par paresse. Le format répondait à un usage très précis.
Le maxi était un outil, pas un produit de vitrine
Un 12" à 45 tours donne des sillons larges, plus de niveau et plus d'impact sur un système de club. C'est un format qui sonne fort et qui pardonne mal l'usure, mais qui, en bon état, a une présence que le vinyle longue durée n'atteint pas. Il était fabriqué pour qu'un DJ le pose sur une platine, pas pour être écouté en entier dans le salon.
Deux ou trois versions par disque, et chacune pour un moment
Le maxi permettait de mettre le mix original, un remix plus dur, parfois une version instrumentale ou un dub. Cela multipliait l'usage : le même vinyle servait pour le démarrage et pour le pic. C'est la logique de disques comme Don't Wanna Leave Here de Kinky Boys, sur Jumper Records, ou Love Song For A Vampire de Millo sur Houzy Records : format court, contenu pensé pour mixer.
La compilation CD a archivé, le vinyle a conservé l'original
Beaucoup de gens ont connu ces morceaux via des compilations CD, avec des mixes continus et souvent des versions éditées ou raccourcies. Le vinyle garde en général la version longue, celle qu'on passait vraiment. Reconstruire en vinyle n'est donc pas un caprice de format : dans pas mal de cas, c'est la seule manière d'avoir la version complète.
La face B, le territoire où se cachait le meilleur
Dans cette scène, la face B n'était pas du remplissage. Beaucoup de DJs en vivaient : le morceau que personne ne passait, le remix qui changeait le caractère de l'original, la version sans voix qui te permettait de construire quelque chose par-dessus. Quand tu examines un maxi, ne présuppose pas que la face A est l'essentiel.
Reconstruire ce bac aujourd'hui sans devenir fou
C'est là que le remember cesse d'être un souvenir et devient un travail de traque. Et mieux vaut le faire avec méthode, parce que la tentation de l'achat impulsif est énorme.
Commence par le set dont tu te souviens, pas par une liste sur internet
Les listes de « morceaux remember » qui circulent sont utiles comme point de départ, mais elles ont été faites par quelqu'un d'autre avec d'autres nuits derrière lui. Ça marche mieux à l'envers : note ce dont toi tu te souviens, même un fredonnement ou une phrase isolée, et tire ce fil. Demander sur des forums et des groupes d'identification reste la voie la plus efficace.
Accepte que beaucoup de morceaux n'avaient pas de nom pour toi
Une bonne partie de cette musique s'est dansée sans savoir qui la signait. Cela veut dire que tu vas trouver des perles par accident, en feuilletant. Un Angelis de Bohemia sur Moder Music de 96, un Sleepless Nights de DJ Indian sur TranceTown Records, un Piano Heaven de Dj Clubstar : des disques dont tu ne savais peut-être pas qu'ils te manquaient avant de les avoir en main. La fouille à l'aveugle fait partie de la méthode, ce n'est pas un défaut de la méthode.
Classe par usage, pas par style
Si tu remixes en cabine, monte le bac par fonction : ouverture, corps, montée, clôture. Si tu collectionnes pour écouter, classe par label ou par année, c'est ainsi qu'on comprend l'évolution du son. Ce qui ne marche presque jamais, c'est de classer par genre, parce que ces disques résistent à l'étiquette.
Sois patient sur la disponibilité
Ce n'est pas un catalogue : chaque exemplaire d'occasion est unique et apparaît quand il apparaît. La manière saine de le vivre est de passer voir le bac de temps en temps et de prendre ce qui colle, sans stresser pour ce qui n'y est pas. Ce que tu ne vois pas aujourd'hui peut sortir dans trois mois, et inversement.
Ce qu'il faut regarder avant de lâcher l'argent
Acheter du remember en vinyle a une particularité : presque tous ces disques ont servi. Ils n'étaient pas sur une étagère, ils étaient dans une valise, dans une cabine et parfois par terre. Cela conditionne ce que tu peux attendre.
L'état du sillon commande sur celui de la pochette
Une pochette usée ne va pas gâcher l'écoute ; un sillon brûlé par des années de mix à fort niveau, si. Priorise toujours la description du disque sur celle de la pochette, surtout dans la zone d'attaque et dans la dernière portion de chaque face, là où ça souffre le plus.
Apprends à lire la gradation d'état
Un NM est un disque peu utilisé et bien traité. Un VG+ a des marques d'usage visibles et peut avoir un léger bruit de surface, et dans une musique de ce type, avec beaucoup d'énergie et peu de silence, il reste parfaitement écoutable. L'important est que la gradation soit honnête et cohérente, pas qu'elle soit élevée.
Vérifie version, label et vitesse avant de confirmer
Assure-toi que le remix que tu prends est celui que tu cherches, regarde le label et le pays d'édition et confirme la vitesse, parce que sur les maxis de cette époque il y a plus de variété qu'il n'y paraît. Tout le détail de ce qu'il faut vérifier, de la façon d'interpréter une description et des signaux d'alarme se trouve dans acheter du remember en vinyle : ce qu'il faut regarder avant de lâcher l'argent.
Et souviens-toi pourquoi tu le fais
Il ne s'agit pas de compléter une liste. Il s'agit de remettre sur une platine le disque qui t'a fait lever la tête sur une piste il y a vingt ans, et de constater qu'il fonctionne toujours. Quand cet exemplaire précis apparaît, avec son usure et son histoire dessus, la recherche prend tout son sens.
Questions fréquentes
qu'est-ce que le remember exactement en musique électronique ?
Le remember, c'est réécouter et repasser la musique de club d'une époque antérieure, dans le cas espagnol surtout le son dur et rapide du milieu des années quatre-vingt-dix au milieu des années deux mille. Ce n'est pas un genre précis : c'est un souvenir de set, avec du hard house, du hard trance, de la makina et du hardcore cohabitant dans la même nuit.
pourquoi le hard dance sortait-il en maxi 12" et presque jamais en album ?
Parce que c'était une musique faite pour la cabine. Le 12" à 45 tours donne des sillons larges, plus de niveau et plus d'impact sur un gros système, et il permettait de mettre deux ou trois versions du même morceau : l'originale, un remix plus dur et parfois une instrumentale. Un album ne servait à rien à un DJ.
est-ce que ça vaut le coup d'acheter ces disques en état VG+ ?
En général oui, si la gradation est honnête. Ces vinyles ont servi en cabine et trouver des copies impeccables est difficile. Un VG+ a des marques d'usage visibles et peut produire un peu de bruit de surface, mais dans une musique avec autant d'énergie et si peu de silence, cela s'entend très peu. Priorise toujours l'état du disque sur celui de la pochette.
comment identifier un morceau remember dont je ne me souviens que de la mélodie ?
Le plus efficace est de le fredonner ou de le décrire sur des forums et des groupes d'identification de cette scène, où l'on trouve des gens qui ont vécu les mêmes soirées. Une bonne partie de cette musique s'est dansée sans savoir qui la signait, donc la fouille à l'aveugle marche aussi : feuilleter des bacs de l'époque et reconnaître le morceau en l'écoutant.
Questions fréquentes
- qu'est-ce que le remember exactement en musique électronique ?
- Le remember, c'est réécouter et repasser la musique de club d'une époque antérieure, dans le cas espagnol surtout le son dur et rapide du milieu des années quatre-vingt-dix au milieu des années deux mille. Ce n'est pas un genre précis : c'est un souvenir de set, avec du hard house, du hard trance, de la makina et du hardcore cohabitant dans la même nuit.
- pourquoi le hard dance sortait-il en maxi 12" et presque jamais en album ?
- Parce que c'était une musique faite pour la cabine. Le 12" à 45 tours donne des sillons larges, plus de niveau et plus d'impact sur un gros système, et il permettait de mettre deux ou trois versions du même morceau : l'originale, un remix plus dur et parfois une instrumentale. Un album ne servait à rien à un DJ.
- est-ce que ça vaut le coup d'acheter ces disques en état VG+ ?
- En général oui, si la gradation est honnête. Ces vinyles ont servi en cabine et trouver des copies impeccables est difficile. Un VG+ a des marques d'usage visibles et peut produire un peu de bruit de surface, mais dans une musique avec autant d'énergie et si peu de silence, cela s'entend très peu. Priorise toujours l'état du disque sur celui de la pochette.
- comment identifier un morceau remember dont je ne me souviens que de la mélodie ?
- Le plus efficace est de le fredonner ou de le décrire sur des forums et des groupes d'identification de cette scène, où l'on trouve des gens qui ont vécu les mêmes soirées. Une bonne partie de cette musique s'est dansée sans savoir qui la signait, donc la fouille à l'aveugle marche aussi : feuilleter des bacs de l'époque et reconnaître le morceau en l'écoutant.